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  • : Reflets d'une vie
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  • : "Je puis vivre seule, si le respect de moi-même et les circonstances m'y obligent ; je ne veux pas vendre mon âme pour acheter le bonheur. J'ai en moi un trésor, infus avec la vie, qui sera ma raison d'exister, si tous les plaisirs de ce monde doivent m'être refusés, ou s'il me faut les obtenir à un prix que je ne puis donner." (Jane Eyre)
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Now and then...

 Citation du moment

« Je conçois de pouvoir regretter ce que j'ai été, sans vouloir pour autant l'effacer. Mais rire, se moquer de ces égarements, se moquer de celle que j'ai été ! Non, cela je le refuse : c'est se trahir soi-même. »


Reading

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Watching

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Listening to

Eva - The Complete Compilation


Dernier coup de coeur 

http://cache2.allpostersimages.com/p/LRG/8/825/9I8Y000Z/affiches/puccini-tosca.jpg

 

Obsessions of the moment : Examens. (je ne vous conseille même pas de me chercher en ce moment, ma patience devient très limitée et je vais vite envoyer balader les gens, je le sens fortement.)

 

Writing 

Vivre - L'émeraude et l'argent (chapitre 16, en cours) 

Eva's biography (terminé)

Traces des visiteurs

Masquerade ! (Opéras)

Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 11:24

Avril fut un mois particulièrement musical ; aussi, même si je n'en parle qu'avec retard, il vaut bien un petit article...

 

Au cinéma :

 

Manon (Massenet)


http://www.rialtoentertainment.com/_public/films/4C303626-BCD6-4789-BCDA3207F327A1F1/pressimage/Met%20Op%20Cinema%20Title%20Cards%20HI%20RES10.jpgSynopsis : Manon, une jeune fille de quinze ans, s'arrête dans une gare, pour que son cousin l'emmène au couvent. Le chevalier de Grieux, en la voyant, en tombe amoureux et lui propose de l'enlever pour qu'ils aillent vivre ensemble à Paris. Si cette vie d'amour et d'eau fraîche convient à la jeune fille pendant un temps, peu de semaines passeront avant que son penchant pour l'argent et la vie aisée ne l'emporte, et qu'elle aille séduire d'autres hommes, pendant que de Grieux tente de se faire prêtre pour se racheter aux yeux de son père...

 

Le Manon de Massenet fut encore une occasion toute particulière d'amirer le talent de l'incroyable Anna Netrebko. Non seulement cet opéra avait l'air d'être mythique (pour preuve, un des airs chanté par Manon et les choeurs font partie de ces airs qu'on peut qualifier de "moi j'aime pas l'opéra, mais j'aime et je connais cette musique !" Je ne compte plus le nombre de fois, dans ma boulimie d'opéra de cette année, où j'ai eu l'occasion de pouvoir me dire "je sais enfin d'où vient cette musique") mais ce fut le 2e opéra diffusé par le MET cette année où elle a pu montrer l'incroyable charisme et caractère qu'elle parvient à donner de chacun de ses personnages. Elle parvenait déjà à tirer des larmes en jouant la folie et la perdition dans Anna Bolena, et elle parvient à nouveau à diffuser une incroyable émotion en jouant Manon, le personnage créé par l'Abbé Prévost, et en la rendant même bien plus sympathique et compréhensible que dans l'histoire originelle. Y compris quand on songe qu'elle parvient à jouer pendant tout un acte de manière ô combien crédible une gamine de 15 ans capricieuse. Il faut dire que l'histoire de l'opéra en lui-même n'a déjà plus grand-chose à voir avec le roman d'origine, mais en plus, le contexte était déplacé à la Belle Epoque. Et ce avec la plus grande réussite. (Mention spéciale à la scène frollienne où l'abbé de Grieux se laisse séduire par Manon dans l'église, ahaha, et le pire c'est que c'est une amie à côté qui m'a dit "oh, c'est Frollo ça", c'est même pas ma faute :p) Cette représentation faisait partie de celles où l'on ne s'ennuyait pas et dont on ne souhaitait pas voir la fin...

 

La Traviata (Verdi) 

 

Synopsis : La Traviata est l'histoire d'une courtisane, consumée par une maladie mortelle, qui choisit d'abandonner sa vie de plaisirs pour épouser un homme amoureux d'elle et prêt à l'accepter malgré son passé. Toutefois, le père du jeune homme s'oppose résolument à ce mariage, et sème le trouble dans le jeune couple.

 

La Traviata, qui appartient encore à ces opéras dont on connaît un air sans le savoir ("Sempre libera"), fut aussi très intéressant, bien que moins poignant que Manon. Je n'étais pas partie sur un a priori positif de l'histoire (surtout que Verdi n'avait http://www.rialtoentertainment.com/_public/films/8BBDDC9C-BEE5-4553-81A9BF30B68B1E84/pressimage/Met%20Op%20Cinema%20Title%20Cards%20HI%20RES11.jpgfait qu'un peu me barber avec ses autres opéras, Rigoletto et Ernani), même si j'avoue que le fait de découvrir que l'histoire est tiré de La Dame aux camélias de Dumas m'intrigue beaucoup maintenant. La dernière représentation du MET termina donc superblement la série des douze opéras diffusés avec cette oeuvre, déplacée dans un contexte moderne et complètement symbolique, l'horloge géante sur scène n'étant que le reflet du temps restant à vivre pour Violetta alias Traviata, l'héroïne condamnée à mourir de maladie. S'il fut difficile de s'attacher énormément aux personnages (on parle d'opéra dit très psychologique, bon, bah j'ai pas eu l'impression de pénétrer tant que ça dans la tête des personnages, enfin passons), l'ensemble en valait la peine. Et puis au moins une oeuvre de Verdi à laquelle je ne suis pas allergique, je commençais à désespérer...^^

 

Oh, et puis je commence à connaître tellement par coeur le blabla de ceux qui présentent les représentations du MET entre les entractes...^_^ que je n'ai plus aucun scrupule à parler pendant ou à essayer de dire leur discours en même temps qu'eux. D'ailleurs je pense que les gens interrogés pendant les entractes doivent au moins passer une heure à préparer ce qu'ils vont dire dans un temps limité, et que ça doit plus casser leur inspiration et leur force nécessaires à l'opéra, plutôt qu'autre chose.

 

 

A l'opéra et au théâtre des opérettes de Budapest :

 

Il barbiere di Siviglia (Rossini)

 

http://www.opera.hu/images/document/7/8/8/2/medium/Resize_of_Resize_of_48.jpg Synopsis : Le comte Almaviva, tombé amoureux d'une jeune orpheline, Rosine, est prêt à tout pour l'arracher à Bartholo, son vieux tuteur, qui a depuis toujours pour projet de l’épouser. Tandis que, déguisé, il tente de mener son projet à bien, il tombe sur son ancien valet Figaro, persifleur mais entremetteur, qui l'aidera dans ses desseins.

 

Le Barbier de Séville vu à l'opéra de Budapest, mérite lui aussi une mention particulière, non seulement pour son ouverture d'au moins dix minutes, mais pour son dynamisme, sa gaieté, sa panoplie de chanteurs plus doués les uns que les autres, ses anachronismes placés quand il faut (je me souviendrai toujours de Rosina tenue en laisse par son mentor, oui une vraie laisse de chien avec un bouton pour appuyer dessus) et ses décors superbes, avec ces rideaux blancs flottant au vent et faisant limite peur parfois, ses chandeliers et son adorable balcon. Et que dire de Figaro, l'un des rôles principaux, pour ne pas dire le rôle principal ? Comment décrire son entrée en scène, habillé en rouge comme une rock star, où il s'allonge nonchalemment par terre pour se mettre à chanter de manière indescriptiblement drôle et puissante ? Et que dire du charme du couple adorable formé par Rosina et le comte Almaviva ? Ou du sinistre et drôle Bartolo ? Le tout porté par une véritable énergie par les chanteurs, un humour perceptible même quand on ne suit pas les sous-titres hongrois (ils sont d'une grande utilité dans cette langue, il faut dire). L'opéra, ou du moins cette version, reflète parfaitement la vivacité et la fraîcheur de la pièce de Beaumarchais. On y retrouve son esprit et son essence, ses retournements de situation et sa drôlerie. Une petite merveille à tous points de vue...

http://www.opera.hu/images/document/7/8/8/2/medium/Resize_of_Resize_of_18.jpg

 

 

The Taming of the Shrew (Shakespeare)

 

http://www.opera.hu/images/document/7/8/5/8/medium/_DSC0046_resize.jpg Synopsis :  Baptista, riche marchand de Padoue, décide un jour qu'il ne cédera point la main de sa fille cadette, la douce Bianca, tant que son aînée, la farouche Katharina, ne trouvera pas chaussure à son pied. Nouvellement débarqué de son Vérone natal, Pettrucio accepte d'épouser l'insupportable fille du marchand et de la dompter par le biais de moyens bien particuliers... 

 

Une autre surprise fut celle du ballet La mégère apprivoisée (Goldmark, Hidas et Seregi) basé sur la pièce de Shakespeare (que je n'ai jamais lue, au passage - je doute de lire un jour les oeuvres complètes de Shakespeare - la honte je sais). Je ne suis pas férue des ballets, certainement pas une experte, mais celui-là fut brillant de bout en bout, portant non seulement une musique superbe mais aussi une belle dynamique, ainsi qu'une réelle imprégnation des personnages par leur mouvement de corps et leur rapidité. L'innocence, le tempérament rebelle de feu, la nonchalence et la défiance masculines sont incroyablement visibles par de "simples" pas de danse, et c'est probablement le plus merveilleux. Les ballets bien exécutés donnent l'impression d'être dans un rêve éveillé ; celui-là l'est tout du long des deux actes, où le héros parvient à domestiquer Kata, une fille rebelle refusant toute autorité. Et tout cela de manière époustouflante, avec drôlerie, sans le moindre mot prononcé : seulement la musique des corps et le mouvement de la musique.

 

 

Rebecca : A Manderley-haz asszonya

 

http://www.mkbarenasopron.hu/wp-content/uploads/rebecca3.jpg Synopsis : Une narratrice anonyme, naïve et peu sûre d'elle, rencontre Maxim de Winter, veuf depuis un an. Malgré leur différence d'âge, ils tombent amoureux et se marient après quelques semaines. Quand Maxim emmène la narratrice dans son aristocratique demeure de Manderley, la jeune femme doit faire face non seulement à son nouveau statut, mais aussi à la présence persistante de l'ancienne femme de Maxim, Rebecca, dont l'ombre plane sur la demeure et dans les esprits, notamment dans celui de la gouvernante Mrs. Danvers...

 

Impossible de décrire la merveille qu'a été le musical Rebecca - Maîtresse de Manderley en quelques mots. Il y aurait tant à dire sur les décors, la musique, les personnages, la mise en scène, les chansons choisies...si on ne peut que regretter certains aspects, comme le fait de rendre tel acte, que je ne citerai pas, de Maxim, comme involontaire, rend son personnage moins intéressant, ou le romantisme peu adapté à Beatrice, ou encore le côté comique de certaines chansons, le reste n'est qu'une pure merveille. L'atmosphère sinistre d'oppression et de fascination envers Rebecca est tellement bien rendue, tellement bien présente, que je me suis mise à être plutôt effrayée et terriblement fascinée dès que Mrs. Danvers apparaissait sur scène... ^^ Et ce même si on a quelques traces d'humour, notamment grâce à une Mrs. Van Hooper digne héritière de la Carlotta ! Ah, Mrs. Danvers...La chanteuse jouait et chantait son rôle avec tant de conviction, de fanatisme, de côté malsain, qu'on comprenait aisément comment elle parvenait à terrifier la narratrice, ramener des fantômes évoquant Rebecca, et à rappeler sans cesse à Maxim qu'il n'avait aucun droit d'être heureux. Le personnage de Maxim, quant à lui, passait de la réserve au sourire, de la colère subite à la tendresse, de la solitude à la tristesse, tout en étant ironique, de manière assez indescriptible. L'acteur habitait vraiment son personnage, à l'instar de la narratrice, douce et naïve au début, avant de devenir une femme forte et résolue par amour (la scène où elle fait nettoyer la chambre de Rebecca sous les yeux de Danvers est simplement impressionnante et superbement trouvée !). Les personnages secondaires ne sont pas en reste, bien que demeurant parfois trop peu présents pour donner une impression aussi forte que le trio principal. Et puis j'avais sous les yeux la moitié de la troupe originale *.* Les décors, tournant selon une plate-forme rotative rappelant celle des Miz, parvenait à donner de nombreux lieux de façon très réalistes, tout en étant secondés de temps en temps par un rideau permettant de projeter des images de Manderley, ou des tableaux, ou des scènes de la mer...Rêve éveillé pareil à celui des Misérables (notez le compliment, je vous prie) ce sont encore deux heures trente de musical dont on n'a aucune envie de sortir, aucune, tant les émotions et l'atmosphère rendues sont marquantes, tout en restant fidèle à l'histoire de Daphné du Maurier. Puisse la version anglaise connaître le même succès...les chanteurs ont été bissés pendant longtemps, et je peux dire qu'il y avait même des adolescents à cette représentation de l'après-midi.^^

 

(Je ne peux pas résister à mettre trois autres photos...*.*)

http://www.mkbarenasopron.hu/wp-content/uploads/rebecca41.jpg

 http://www.mkbarenasopron.hu/wp-content/uploads/rebecca1.jpg 

http://www.mkbarenasopron.hu/wp-content/uploads/rebecca31.jpg

 

 

Cigany szerelem (Lehar) 

 

http://www.operettszinhaz.hu/file/kepgaleria/nagy/VER_4124_.jpgSynopsis : Quelque part en Transylvanie, vivent dans une même région Hongrois, Roumains et bohémiens. Zorika est sur le point de se marier à Gabor, homme riche, mais doute soudain d'une existence heureuse avec lui, et préfère s'enfuir avec le violoniste et bohémien Joszi. Mais la vie bohème se révèle complètement différente de ce qu'elle espérait, surtout quand Ilona, ancienne amante de Joszi, refait son apparition... 

 

Moins plaisant - bien qu'intéressant à plusieurs points de vue - fut Cigany szerelem, alias Zigeunerliebe, alias "L'amour bohème". La grande particularité de cette opérette est d'appartenir au répertoire et à la tradition hongroise par son compositeur, Ferenc/Franz Lehar. Les costumes sont hongrois, les danses sont hongroises, la musique est hongroise, on parle de la Hongrie et des bohémiens, bref, tout est hongrois de chez hongrois. Ce fut un plaisir de découvrir quelque chose qui tenait vraiment de ce pays, du moins ! Surtout que la plus grande surprise de ce spectacle a été de voir dans le public des gens de tous âges, des enfants aux personnes âgées, riant à coeur joie devant les passages drôles, suivant l'histoire avec passion, preuve à quel point cette opérette est ancrée dans la tradition du pays. Incapable de suivre les sous-titres allemands, bien que connaissant globalement l'histoire, c'est cette incompréhension, aussi bien devant les passages parlés que chantés, qui m'a fait moins apprécier que je le voudrais. Par contre, quel moment magique que la dernière chanson...dont les paroles prennent un sens tout particulier quand on comprend qu'elle s'adresse à la fois aux Hongrois et bohémiens, qui sont issus de la même tribu(les Hongrois étaient des nomades aussi, et la Hongrie, à cette époque, s'étendait jusqu'en Transylvanie) mais ont choisi des chemins différents. Je ne sais comment décrire l'impression que cela fait, quand les premières notes mélancoliques de la chanson vénérée "Hor'Ich Zymbalklange/Messze a nagy erdo" en hongrois, ont résonné, et que tout le monde, je dis bien tout le monde dans la salle, s'est mis à murmurer les premières paroles....Oo. Et que dire quand les gens ont bissé les chanteurs : la chanteuse incarnant Ilona et qui chantait donc cette fameuse chanson, qui clôt le spectacle, a repris pas moins de quatre fois les dernières quarante secondes de cette chanson. Quand on voit le niveau vocal que ça demande...c'est grandiose.

 

(Ce n'est point la version ni la chanteuse que j'ai vues, mais j'aime bien la version hongroise aussi alors je ne peux pas ne pas la mettre, c'est tout --->)

 

 


 

Carmen (Bizet)

 

Synopsis : Le destin de l'officier probre Don José sombre dans la déchéance, quand il croise la route et la séduction de la gitane et manipulatrice Carmen, et abandonne tout pour elle.http://www.opera.hu/images/document/7/8/4/4/medium/Resize_of_13jpg.jpg

 

 

Carmen, en vérité, fut la seule déception véritable de ce mois musical. Au moins m'aura-t-elle appris que les places dans la fosse, ce n'est pas très bien sauf si on est aux premiers rangs (je préfère mon bon vieux 3e balcon centré comme il faut, il est parfait, je l'aime dix fois plus). J'aurais pu supporter le manque de changements de décors (ou pas), mais certainement pas la présence d'un José ne correspondant ni physiquement, ni vocalement à l'idée que je m'en faisais. Le chanteur était probablement enroué ; je le plains beaucoup d'être passé pour une version hongroise de Garou, mais je plains beaucoup moins les gérants du théâtre (ou le metteur en scène, je ne sais à qui il faut s'adresser) pour l'avoir laissé monté sur scène avec une voix qui ne tenait pas les notes, même s'il a tenté de se rattraper au dernier acte. (Il y a des gens devant moi qui ne sont quand même pas revenus après l'entracte. Je ne pensais pas que ça se faisait vraiment, d'ailleurs, de partir parce que l'opéra est mauvais.) Quant à l'interprète de Carmen, c'est avec tristesse que je n'en garde aucun souvenir particulier, son personnage n'étant remarquable d'aucune manière, et restant juste correct et crédible. Tant pis...

Par Hermelinda - Publié dans : Masquerade ! (Opéras)
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Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 17:48

Scarpia.-Peut-être !... Cela dépend... Mais voyons... prenez place, je vous en prie, et acceptez au moins ce verre de vin d'Espagne. (Il le verse.) Nous causerons ainsi plus à l'aise du chevalier Cavaradossi, et de la meilleure façon de le tirer de ce mauvais pas.

 

Floria.-Je n'ai soif et faim que de sa liberté ! Allons, au fait !... (Elle s'assied résolument en face de lui à la table, écartant le verre.) Combien ?

 

Scarpia, se versant à boire.-Combien ?

 

http://www.lagribouille.com/mucha/deco/sarah-tosca.jpg

Floria.-Oui !... Question d'argent, je suppose ?

 

Scarpia.-Fi donc, Tosca, vous me connaissez bien mal... Vous m'avez vu, féroce, implacable, dans l'exercice de mes devoirs ; c'est qu'il y allait de mon honneur et de mon propre salut, la fuite d'Angelotti entraînant forcément ma disgrâce... Mais, le devoir accompli, je suis comme le soldat qui dépose sa colère avec ses armes ; et vous n'ayez plus ici devant vous que le baron Scarpia, votre applaudisseur ordinaire, dont l'admiration va pour vous jusqu'au fanatisme... et même a pris cette nuit un caractère nouveau... Oui, jusqu'ici, je n'avais su voir en vous que l'interprète exquise de Cimarosa ou de Paisiello... Cette lutte m'a révélé la femme... La femme plus tragique, plus passionnée que l'artiste elle même, et cent fois plus admirable dans la réalité de l'amour et de ses douleurs que dans leur fiction ! Ah ! Tosca, vous avez trouvé là des accents, des cris, des gestes, des attitudes... Non, c'était prodigieux, et j'en étais ébloui au point d'oublier mon propre rôle, dans cette tragédie, pour vous acclamer en simple spectateur, et me déclarer vaincu !...

 

Floria, toujours inquiète, à mi-voix.-Plût à Dieu !

 

Scarpia.-Mais savez-vous ce qui m'a retenu de le faire... C'est qu'avec cet enthousiasme pour la femme affolante, grisante, que vous êtes, et si différente de toutes celles qui ont été miennes... une jalousie... une jalousie subite me mordait le coeur... Eh ! quoi, ces colères et ces larmes au profit de ce chevalier qui, entre nous, ne justifie guère tant de passion ? Ah ! fi donc ! Plus vous me conjuriez pour lui, plus je me fortifiais dans la volonté tenace de le garder en mon pouvoir, pour lui faire expier tant d'amour et l'en punir, oui, ma foi, l'en punir ! Je lui veux tant de mal de son bonheur immérité. Je lui envie à ce point la possession d'une créature telle que vous,-que je ne saurais la lui pardonner qu'a une condition... C'est d'en avoir ma part.

 

Floria, debout, bondissant.-Toi !...

 

Scarpia, assis, la retenant par le bras.-Et je l'aurai !...

 

Floria, elle se dégage violemment, en éclatant de rire.-Imbécile !... J'aimerais mieux sauter par cette fenêtre !...

 

Scarpia, froidement, sans bouger.-Fais... Ton amant te suit !... Dis : «Oui, je le sauve... Non : je le tue !»

 

Floria, le regardant, épouvantée.-Ah ! cynique scélérat ! Cet horrible marché !... Et par l'épouvante et la force !...

 

Scarpia.-Bon, ma chère où prenez-vous la violence ? Si le marché ne vous va pas, allez-vous-en, la porte est libre... Mais je vous en défie... Vous allez crier, m'insulter, invoquer la Vierge et les saints... Perdre le temps en paroles inutiles... Après quoi, n'ayant pas mieux à faire, vous direz : oui...

 

Floria.-Jamais... Je vais réveiller toute la ville et lui crier ton infamie.

 

Scarpia, de même, froidement, buvant une gorgée.-Cela ne réveillera pas le mort !... (Floria s'arrête court avec un geste de désespoir. Il reprend, souriant.) Tu me hais bien, n'est-ce pas ?

 

Floria.-Ah ! Dieu !

 

Scarpia, de même.-A la bonne heure !... Voilà comme je t'aime !... (Il repose sa coupe sur la table.) Une femme qui se donne, la belle affaire... J'en suis rassasié, de celles-là !... Mais ton mépris et ta colère à humilier...ta résistance à briser et à tordre dans mes bras !... Pardieu, c'est la saveur de la chose, et ta résignation me gâterait la fête !...

 

Floria.-Oh ! démon !

 

Scarpia.-Démon, soit !... Comme tel, ce qui me charme, créature hautaine, c'est que tu sois à moi... avec rage et douleur ! que je sente bien ton âme indignée se débattre... ton corps révolté frémir de son abandon forcé à mes détestables caresses, et de toute ta chair, esclave de la mienne ! Quelle revanche de ton mépris, quelle vengeance de tes insultes, quel raffinement de volupté, que mon plaisir soit aussi ton supplice... Ah ! tu me hais !... Moi, je te veux, et je me promets une diabolique joie de l'accouplement de mon désir et de ta haine !

 

La version de Puccini de la même scène


TOSCA (dans un gémissement) 

Sauvez-le.

 

SCARPIA

Moi ? Plutôt vous !

(Il s’approche de la table, voit son souper inachevé, et, très calme maintenant, il sourit.)

Mon pauvre souper a été interrompu.

(Il voit Tosca abattue, immobile, toujours près de la porte.)

Vous êtes lasse ! Venez, belle dame,

asseyez-vous là ; nous chercherons ensemble

le moyen de le sauver.

(Tosca secoue la tête et le regarde. Scarpia, toujours souriant, s’assied et l’invite à en faire autant.)

Allons, asseyez-vous et parlons.

Un doigt de vin. Il vient d’Espagne.

(Il emplit un verre qu’il lui tend.)

Une gorgée pour vous remettre.

vlcsnap-2012-04-03-18h12m42s17

TOSCA

(Les yeux fixés sur Scarpia, elle s’approche de la table. Elle s’assied résolument en face de lui, puis d’un ton de profond mépris, elle demande :)

Combien ?

 

SCARPIA (imperturbable, se versant à boire)

Combien ?

(Il éclate de rire.)

 

TOSCA

Votre prix !

 

SCARPIA

Oui, on dit que je suis vénal et pourtant

ce n’est pas pour de l’argent que je me vends

aux belles femmes. Je cherche une autre récompense

si je dois trahir ma foi.

J’ai attendu cette heure.

L’amour de la Diva

me consumait déjà.

Mais voici que je vous vois ce soir

dans un rôle tout nouveau.

Vos larmes étaient du feu

qui coulait dans mes veines et vos yeux,

qui me crient votre haine,

augmentent mon désir !

Gracieuse comme un léopard

vous vous accrochiez à votre amant.

C’est à ce moment-là

que j’ai juré que vous seriez à moi !

À moi ! Oui, vous serez à moi !

(Il se lève et tend les bras vers Tosca. Elle a écouté, immobile, sa déclaration. Maintenant elle se lève et cherche refuge derrière le divan.)

 

TOSCA (courant vers la fenêtre)

Je sauterai avant !

 

SCARPIA (froidement)

J’ai Mario comme otage !

 

TOSCA

Misérable !...

Quel horrible marché !

(Elle songe tout d’un coup à demander le secours de la reine et court vers la porte.)

 

SCARPIA (ironique)

Je ne vous retiens pas. Vous êtes libre.

Mais votre espoir est vain. La reine

ne libérerait qu’un cadavre !

(Tosca recule effrayée, dévisageant Scarpia. Elle se laisse tomber sur le divan, puis détourne son regard avec un geste de dégoût.)

Comme vous me haïssez !

 

TOSCA

Ah ! Dieu !

 

SCARPIA (s’approchant)

C’est ainsi, c’est ainsi que je vous veux.

 

TOSCA (en frissonnant)

Ne me touchez pas, monstre ! Je vous hais !

Vous êtes immonde !

(Elle lui échappe, horrifiée.)

 

SCARPIA

Qu’importe !

Les spasmes de la colère ou les spasmes de la

passion...

 

TOSCA

Misérable !

 

SCARPIA

Vous serez à moi !

(Il tente de la saisir.)

 

TOSCA

Scélérat !

(Elle se réfugie derrière la table.)

 

SCARPIA (la poursuivant)

À moi !


Par Hermelinda - Publié dans : Masquerade ! (Opéras)
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 14:13

http://jccpresents.org/films/2011/large/2011_faust.jpg

J'ai manqué la critique d'Anna Bolena, le premier spectacle du Metropolitan Opera rediffusé dans les salles internationales, pourtant magnifique, et ne ferai pas celui de Philip Glass, ennuyeux à mourir. Par contre, Faust est aussi un opéra que je rêve de voir depuis longtemps. Alors certes, c'est du live retranscrit dans une salle de cinéma, pas du vrai live. Mais l'émotion passe tout autant (l'attente pendant les entractes aussi). Et pour découvrir le Faust  de Charles Gounod, ce fut magnifique.

 

En Allemagne, au  XVIe siècle. Le docteur Faust, vieillissant, se révolte contre la science, la foi et l''inanité de la connaissance. Quand il invoque le diable, celui-ci lui accorde la jeunesse en échange de son âme. Faust hésite mais la vue de la belle Marguerite le pousse à accepter…

 

Première grande surprise, ce fut le contexte. En voyant que le metteur en scène avait placé l'histoire légendaire de Faust non plus au Moyen-Age mais en 1945, je me suis dit que j'allais bien moins apprécier. Ce fut faux : certes, cela peine peut-être à faire passer un message en particulier, mais l'ambiance reconstruite, froide et futuriste, mécanique, est tout aussi appréciable. On ne peut que frissonner en voyant les décors sans âme qui entourent ces personnages en perdition, voir que le retour des soldats est justifié, la recherche du savoir de Faust se condamner à une avancée maudite de la science, sans oublier cette terrifiante scène où Méphistophélès emmène Faust dans son antre...où travaillent ses anciens maîtres, devenus des monstres, autour d'une bombe atomique.

http://1.bp.blogspot.com/-R_OM3BOLDUs/TuT5Qosw4XI/AAAAAAAANoA/r4QhpkB-RM0/s1600/faust4%255B1%255D.jpg

Seconde grande surprise, mais attendue, ce fut la vivacité de la musique. Je n'en attendais pas moins du chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin, qui avait également mené avec brio le Carmen avec Elina Garanca et Roberto Alagna. Il n'y a pas à dire, l'orchestration de ce monsieur démontre une magnifique force, puissance et vivacité.

 

Enfin, dernière surprise, ce fut les chanteurs. Jonas Kauffman campe un Faust presque impassible, fortement charismatique ("Il est beau et en plus il chante bien ! En fait, il vaudrait mieux dire dans le sens inverse..."), souvent passif aux évènements, spectacteur du monde, de sa propre déchéance, tout en luttant parfois pour s'octroyer le bonheur, sans hésiter à passer par la manipulation. Lui qui ne faisait qu'un Don José plutôt pâle bien que javertien, il se tire du rôle de Faust avec une force incroyable. Marina Poplavskaya, bien que probablement trop âgée pour faire croire à la jeunesse de Marguerite, tire de sa voix et de sa présence une puissance lumineuse, innocente, et désespérée, que ce soit lorsqu'elle lutte pour échapper à Faust, ou lors de la scène de l'église, où le monde la critique et où elle finit par noyer son bébé dans le bénitier, sans oublier la tragique scène où elle devient folle, en prison. Quant à René Pape, c'est un Méphistophélès superbe qu'il nous offre. Même si je garde en favori celui vu lors de la pièce de théâtre Urfaust, le voir mener le bal littéralement en faisant danser les protagonistes sur scène par magie, le voir se recroqueviller tel un vampire face à une croix géante, simplement admirer son machiavélisme, le hisse à la hauteur de ce personnage diabolique. Interprétation tout en charisme, là encore, avec une présence permanente et glaçante. Sa cruauté, lorsqu'il persécute Marguerite dans l'église, est crève-coeur et donne envie de tuer ce personnage.

http://2.bp.blogspot.com/-6XYFezO2O10/TuTphFo83-I/AAAAAAAANm4/vhIRvNoYP-I/s1600/Faust1112.15%255B1%255D.jpg(La diabolique scène "Le veau d'or est toujours debout" où Mméphistophèles fait danser grâce à son sceptre les figurants sur scène)

 

Les personnages secondaires, Siebel, ou le frère de Marguerite, ne sont pas en reste, chacun magnifiquement campé, même si la cruauté du frère de Marguerite m'a brisé le coeur : même en mourant, il continue à maudire sa soeur enceinte qui n'a fait que subir les malheurs dans toute cette histoire.

 

L'air des bijoux est enfin découvert, tout comme les superbes solos ou duos A moi les plaisirs (Faust/Méphisto), Duet d'amour (Faust/Marguerite) ou l'endiablé Veau d'or (Méphisto). Quant à la fabuleuse scène de fin, le trio final dans la prison "Viens à moi, ange, je t'aime..." etc., ne m'est pas apparu comme je l'attendais, peut-être parce que je l'idéalisais trop, mais demeure très beau. Enfin, la scène finale, où Faust réapparaît en vieillard et boit la fiole chimique avec laquelle il voulait se suicider au tout début, laisse quelque peu songeur. Etait-ce un rêve ? A-t-il pu se racheter en se tuant après avoir causé tant de malheurs ?

http://1.bp.blogspot.com/-ATkpkGcC3Gc/TuUrEXqGxDI/AAAAAAAANpc/TBbOA4YvKXQ/s1600/10.jpg

(La scène de l'église, où Marguerite est condamnée par Méphistophélèes, peu avant qu'elle accouche)


La petite note humoristique : tout aussi inhumains qu'étaient Faust et Méphisto, ils gardaient leur sens de l'humour. Notamment grâce à leurs tenues étrangement symétriques. J'en garde le souvenir des deux l'un à côté de l'autre, faisant un ironique "hum hum" approbatif en voyant que Marguerite se laissait séduire par les bijoux plutôt que le bouquet de roses. Et ensuite, le cadre particulier de l'opéra semble de plus en plus devenir familier au public et aux interprètes. On voit le public dans l'opéra faire coucou à la caméra quand elle passe devant lui, ou encore, René Pape, lors de l'entracte, n'a pas hésité à dire face à la caméra : "Thanks for coming, guys. I hope you will have enough pop-corn for the third act." Des petites perles comme ça, ça fait passer les quarts d'heure entre les actes, c'est moi qui vous le dis.^^

http://berkshireonstage.files.wordpress.com/2011/12/bos-faust.jpg(Décor étrangement futuriste et glacial de 1945 : le laboratoire de Faust)

 

Prochain arrêt du MET : soit l'Ile Enchantée le 21 janvier, soit le dernier opéra du cycle de Wagner le 11 février, qui dure bien six heures...ok, j'ai pas vu les deux précédents, mais rien que l'idée de devoir rester dans une salle à subir 6h d'opéra avec un pique-nique (car j'en aurai besoin) ça me paraît un agréable défi fou à relever. ^^

 

http://2.bp.blogspot.com/-by1Qepelub8/TuToiNgrKpI/AAAAAAAANlw/DIrvseHWqf4/s1600/bosfaustduolead%255B1%255D.jpg(Faust invitant Marguerite à danser au premier acte)

http://specialdujour.hautetfort.com/media/01/00/8342208.jpg

 

Deux petits extraits :

 

 


  Duo du prologue entre Méphistophélès et Faust : A moi les plaisirs, à moi la jeunesse, à moi les désirs...

 

 

  La séduction de Marguerite par Faust

 

Par Hermelinda - Publié dans : Masquerade ! (Opéras)
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Mardi 1 novembre 2011 2 01 /11 /Nov /2011 09:32

Après quelques recherches, j'ai réussi à trouver deux vidéos en moyenne qualité mais qui permettent de voir la mise en scène, datant du printemps 2011, avec toujours Csengeri Attila dans le rôle du Fantôme (bien que pas avec la même Christine). ^^ Enjoy ! (Surtout le rire dément du personnage...et ses pétards !) (Et je suis jalouse parce que la personne a réussi à prendre des vidéos, elle !) Comme ça, vous verrez aussi ce que je voulais dire en disant que le chanteur jouait son personnage de façon assez , voire trop, pathétique parfois.

 

 

 

 

 


 
Par Hermelinda - Publié dans : Masquerade ! (Opéras)
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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 22:16

Bon, je sais pas ce qu'il a ce soir Over-blog, peut-être que je mets trop de photos ? Tant pis, ça fera 3 parties ! Et je peux enfin mettre le titre que je voulais à la base muahaha)

 

Le 2e acte commence avec une musique de Prologue qu'on n'a pas dans le film, rappel de toutes les mélodies entendues, avant de s'ouvrir sur Mascarade, qui est....simplement, simplement sublime, éblouissante ! L'effet de groupe, de costume, de rythmes, est purement magique !! Un rêve éveillé...Christine est même à un moment séparée de Raoul car attrapée par différents danseurs qui l'entraînent...dont un qui ressemble au Fantôme car déguisé comme lui....et j'en mettrai ma main à couper, le Fantôme lui-même l'entraîne, semblable à l'autre costumé, et l'embrasse fugitivement avant de la renvoyer à Raoul...et que dire de son arrivée au milieu du bal masqué ! Glaciale, alors qu'il se jette sur les gens pour les effrayer et les faire chanceler...  De plus, ce cher Erik n'est pas avare de pétards pour faire peur aux gens et dissimuler ses sorties...Et comme il empoigne les gérants pour leur dire comment diriger SON théâtre...

 

Certaines scènes, par ailleurs, sont rajoutées ou déplacées, comme "The magical lasso", un court duel entre Christine/Carlotta, une répétition de Don Juan triomphant, une autre version de l'affrontement Raoul/Fantôme dans le cimetière, ou une part de Masquarade qui est dans la chanson d'après.

 

Il n'est pas non plus négligeant sur d'autres tours : non content de faire résonner sa voix dans le théâtre, il fait jouer le piano tout seul lors de la répétition de Don Juan.^^ Pour la scène du cimetière, très émouvante, il rejoue encore avec ses pétards alors qu'il court d'un coin à l'autre de la scène, apparaissant comme par magie pour mieux irriter Raoul et charmer Christine..."Bravo, monsieur, very fine arguments !" il dira, pour se moquer du jeune homme, à plusieurs reprises...

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206141053.jpg?1320096034768

 

Venons ensuite à la scène finale...bien que différent du film, elle reste toute aussi magique. Christine est devant un buffet, quand le Fantôme entre sur scène pour chanter le rôle de Don Juan..Etrange jeu de séduction entre eux, d'autant plus que les paroles ont pris un sens tout à fait nouveau pour moi en les voyant, que j'expliquerai plus tard^^ La comédie musicale donne un autre aspect de certaines paroles que le film...Quand ils descendent dans l'antre d'Erik, le face à face du trio est poignant, le Fantôme enferme Raoul et Christine, menace de pendre Raoul, évidemment, mais le pire est pour cette jeune fille qui doit faire un horrible choix, alors que le Fantôme devient de plus en plus fou et desespéré...Scène d'une superbe intensité !

 

La dernière image qu'on a, est celle du Fantôme se retournant - It's over the music of the night ! - dans les ténèbres, sous une cape...quand Meg Giry arrive et arrache la cape, elle s'ouvre sur du vide, le Fantôme a disparu par une trappe...ne restent que son masque et sa rose, qu'elle dépose sur le devant de la scène, devant nous.

 

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206141526.jpg?1320096034522

"Viens à moi, Ange de la Musique..."

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206142704.jpg?1320096034245

Ca, obligé, je me suis demandée s'il allait se prendre pour Javert, mais non, il se contente de chanter une magnifique note pour exprimer sa colère après le scène "That's all I ask of you" de Raoul et Christine. D'ailleurs, sa seule réaction d'horreur à ce moment-là est quand il les voit s'embrasser...

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206143800.jpg?1320096034325

Pis des fois, sérieusement, je trouvais que le regard de Raoul faisait dix fois plus psychopathe que celui du Fantôme, ça doit venir du maquillage...

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206140042.jpg?1320089938503

Plus théâtral, ça n'exiiiiiiiiiste pas !

 

Donc, quelques réflexions et je vais achever cet article en 3 parties (parce qu'Over-Blog le vaut bien et est d'humeur enquiquineuse ce soir).

Comme je l'ai dit, j'ai beaucoup plus apprécié le Fantôme de l'Opéra lorsque je l'ai vu la deuxième fois, car je pensais moins au film, me fichais de suivre les sous-titres cette fois (donc meilleure appréciation du chant et jeu) et j'étais au 4e rang, ce qui fait que pour voir les visages des acteurs, c'était mirifique (même si par contre on voit moins les décors sur scène). Donc, au final, j'ai aimé, je suis tombée sous le charme, bien sûr ! Les chants, pour tous les acteurs, étaient très très bien. Mais je suis surtout ravie d'avoir vu ce mythe sur scène car il change beaucoup le point de vue sur certains passages, qui prennent une autre dimension que dans le film. Ce qui m'a fait renommer cet article Le sorcier pathétique et sa créature.

 

On ne prend pas autant conscience dans le film à quel point Christine est torturée et manipulée par le Fantôme/Raoul. Pour la bonne raison qu'Emmy Rossum joue Christine de façon plutôt passive. Barbara Fonyo a réussi à jouer plus ou moins bien le côté innocente de la jeune fille, mais ça ne passait pas (peut-être parce qu'elle faisait trop âgée), elle excellait beaucoup plus en tant que Christine active. Ses scènes les plus convaincantes sont celles où elle semble littéralement ensorcelée par le Fantôme, se dresse contre Carlotta ou Raoul. Notamment lors de la scène où elle dit "Je ne peux pas chanter, c'est trahir celui qui m'a donné ma voix, quel enfer va m'attendre si je joue le jeu, je sais que je dois obéir et pourtant je refuse..." ce à quoi Raoul répond par "Christine ne crois pas que je suis indifférent..."

Au cimetière également, où le Fantôme lui tend la main et elle le suit aveuglément, ne tenant compte de Raoul que lorsque celui-ci la rattrape. Idem sur la scène du toit, où elle semble même se rebeller un instant contre Raoul, qui ne peut comprendre pleinement la nature de l'enchantement qui pèse sur elle.

Et surtout, surtout, lors de la scène du Point de Non-Retour, où elle chante "Quand enfin nos corps ne feront-ils plus qu'un, quand le désir nous consumera-t-il ?" et se met à danser sur la table remplie de victuailles, enlevant ses foulards qu'elle jette au Fantôme et que celui-ci rattrape, envahi de désir et même de peur en voyant non pas une Christine qui joue le jeu de la séduction, mais à mon avis une Christine qui a "décidé" et "fait son choix" c'est à dire suivre le Fantôme et non pas le plan de Raoul. Ici le jeu de l'actrice tient pour beaucoup à cette subtilité qui incarne un nouvel aspect du personnage de Christine. Car elle souffre bien plus qu'il n'en est visible dans le film du Fantôme.

"Et je ne pourrai plus m'échapper, et toujours il chantera dans ma tête, toujours il chantera dans ma tête..." Carlotta soufflera : "Elle est folle."

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206141004.jpg?1320089955603

"The music of the night"

 

Ce qui m'a aussi peut-être empêchée d'apprécier autant que je le voudrais le spectacle, c'est peut-être aussi le côté justifié mais étrange de sorcier pathétique incarné par le Fantôme (Csengeri Attila - qui au passage a incarné Enjolras et Frollo dans les versions hongroises de ces musicals - c'est par ici pour le Belle hongrois). Malgré ses accès de colère et tours de passe-passe plutôt flippants, notamment lors de la première représentation, il m'a paru très doux et limite pleurnichard pour un Fantôme. Dieu merci, il s'est rattrapé sur la deuxième fois (peut-être que l'acteur pensait "Oh allez, c'est la dernière séance, je vais essayer de faire le fou furieux tiens") en devenant plus agressif, davantage dans l'esprit sombre du Fantôme de Leroux (tiens d'ailleurs, Mme Giry dit qu'avant d'être fait prisonnier par une troupe ambulante, la seule chose qu'on sait du Fantôme est qu'il a construit un labyrinthe de miroirs en Asie ^^). Le jeu du chanteur tient surtout à l'envoûtement de Christine, notamment durant The Music of the Night et Wandering Child, où il l'ensorcele littéralement, la privant de son libre-arbitre. Un véritable côté "sorcier" qui explique sans doute pourquoi il prend soudain peur en voyant Christine se rebeller et agir consciemment lors du Point de Non-Retour, dans un sens qu'elle a choisi.

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206141500.jpg?1320089955660

 

L'autre aspect majeur de Csengeri Attila, c'est son côté pathétique, autant dans le bon que dans le mauvais sens, il en faisait parfois un peu trop...outre sa gestuelle parfois mécanique, tantôt retenue, tantôt frénétique, il donne un côté "ange solitaire" ou "pleureur solitaire" à son personnage, rendant palpable la solitude dans laquelle a vécu le personnage. Par ses quelques crises de larmes, sa manie de se traîner à genoux devant Christine et de la toucher parfois avec hésitation (sauf lorsqu'il l'envoûte) sa douleur devient perceptible, tout comme dans sa voix qui est très souvent déchirante et (trop ?) douce. Apparaît aussi son impossibilité à aimer charnellement la jeune femme (ce qui ne l'empêche pas de l'embrasser et bien la palper quand même parfois) de manière plus significative que dans le film, notamment lors de "Music of the Night" lorsqu'il dit "Quand ton âme s'élève par la musique...alors seulement tu peux être à moi..." quelque chose dans la voix du chanteur fait alors comprendre que son monde est bien plus intérieur que celui de Gérard Butler. On se met alors à penser que l'ensorcelement de Christine n'a en effet que pour but d'instrumentaliser la jeune fille, d'en faire un automate capable uniquement de chanter sa musique, l'aspect charnel ne comptant pas. Expliquant pourquoi Christine semble autant l'effrayer lorsqu'elle se met à danser sur la table XD. (D'ailleurs, y avait un paon empaillé sur la table...mon coeur a cessé de battre lorsque j'ai vu le Fantôme le caresser à un moment...----> Charles Dance et ses animaux empaillés, brrrrr !)

Toutefois, comme je l'ai dit, il est devenu un peu plus violent la deuxième fois, moins plaintif. Notamment lors du trio Raoul/Christine/Erik, où il ne maîtrise plus ses gestes, devient comme un automate dans ses mouvements, voire une bête hargneuse dans sa retenue, projetant Christine à terre, lui empoignant l'épaule, etc...et n'essayera-t-il pas de retenir Christine lorsqu'elle revient lui donner la bague ? Et pourtant il semble effrayé par elle, surtout vers la fin. Effrayé de l'avoir ramenée à la vie elle, de l'avoir éveillée, de lui avoir donné cette possibilité de réveiller elle-même l'âme du Fantôme par amour. Un Frankenstein effrayé par sa créature.

 

http://www.madachszinhaz.hu/pics_photoalbum/mad_77_20101206143902.jpg?13200899551

Par Hermelinda - Publié dans : Masquerade ! (Opéras)
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