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  • : Reflets d'une vie
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  • : "Je puis vivre seule, si le respect de moi-même et les circonstances m'y obligent ; je ne veux pas vendre mon âme pour acheter le bonheur. J'ai en moi un trésor, infus avec la vie, qui sera ma raison d'exister, si tous les plaisirs de ce monde doivent m'être refusés, ou s'il me faut les obtenir à un prix que je ne puis donner." (Jane Eyre)
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Now and then...

 Citation du moment

« Je conçois de pouvoir regretter ce que j'ai été, sans vouloir pour autant l'effacer. Mais rire, se moquer de ces égarements, se moquer de celle que j'ai été ! Non, cela je le refuse : c'est se trahir soi-même. »


Reading

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/5/1/9/9782266184915.jpg

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http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/28433.jpg

http://a35.idata.over-blog.com/1/83/30/54/litterature-japonaise/1q84-livre-1-01.jpg

Watching

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Listening to

Eva - The Complete Compilation


Dernier coup de coeur 

http://cache2.allpostersimages.com/p/LRG/8/825/9I8Y000Z/affiches/puccini-tosca.jpg

 

Obsessions of the moment : Examens. (je ne vous conseille même pas de me chercher en ce moment, ma patience devient très limitée et je vais vite envoyer balader les gens, je le sens fortement.)

 

Writing 

Vivre - L'émeraude et l'argent (chapitre 16, en cours) 

Eva's biography (terminé)

Traces des visiteurs

Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 10:22

http://img.over-blog.com/500x353/4/33/72/85/Alfie-Boe--13-.png"Alors Valjean, faut quand même passer un peu par le livre...au début il est en prison parce qu'il a volé pour nourrir sa soeur et ses neveux/nièces, et on l'a fichu en tôle 20 ans pour ça. Quand il ressort, c'est juste une bête à peine humaine, décidée à se venger du monde. Un vrai méchant !
Mais après il rencontre l'évêque de Digne, qui lui dit qu'il rachète son âme à Dieu et l'exhorte à faire le bien, parce que lui il l'a pas rejeté parce qu'il était au bagne et tout, il l'a traité comme n'importe qui.
Donc après, c'est toute son histoire de rédemption : il sauve des gens, les aide en toute abnégation, déterminé à faire le bien et tout...un vrai contraste avec la bête du début. Dans la comédie musicale, il y a sa chanson de fin, où il dit  :


La lumière est dans le coeur des hommes

Mais s'épuise de brûler pour personne

Aimez-vous pour vaincre les ténèbres

Tant qu'il y aura partout orgueil, ignorance et misère

La lumière, au matin de justice

Puisse enfin décapiter nos vices

Dans un monde où Dieu pourrait se plaire

S'il décidait un jour de redescendre sur la terre


Et là, cette phrase, avec son parcours... "la lumière est dans le coeur des hommes..." C'est quelque chose, croire en Valjean, c'est juste la même chose que croire en l'avenir, en la gentillesse, en l'altruisme, dans le fait qu'on puisse changer, devenir meilleur, bref, en la lumière, qui est dans le coeur des hommes...

Valjean est partout, Valjean est Dieu. Valjean, c'est le plus beau personnage qui existe. C'est un modèle de vie."

 

Alors, Flo m'a demandé de vous rajouter les signes caractéristiques des fanatiques de Jean Valjean :

-Ils passent leur temps à dire "Non mais Valjean faut que j'arrête d'abuser de lui là, je lui demande de l'aide tout le temps, il en a déjà fait pas mal."

-Ils ne disent pas "je croise les doigts pour toi" mais "Je vais prier Valjean pour toi."

-Ils tiltent aux noms "Jean", "Alfie" ou "Boe" ou "Gabin", ou "Colm", mais c'est plus rare de trouver ces deux derniers en ce moment.

-Quand ils entendent des mots qui y font penser, ils chantent "Confrontation", "What have I done", "One Day More", "La lumière est dans le coeur des hommes", ou "Bring him home", en général dans au moins deux langages, si ce n'est plus.

-Ils regardent les policiers avec un mélange de crainte et d'intérêt.

-Ils essayent de ne pas devenir séniles avant l'âge comme Valjean, qui a tendance à ne plus se souvenir des gens qu'il a sauvés.

-Il y a toujours un débat pour choisir entre Colm Wilkinson, John Owen Johnes (JOJ pour les intimes) et Alfie Boe.

-Ils ont un porte-bonheur qui montre leur ralliement au valjeanisme. ^^

-Du coup, forcément, Victor Hugo, c'est un peu le second Dieu.

-Il ne faut pas leur demander "Who Am I" ou "Comment faire".

-Ils ont tendance à dire +24601 au lieu de +1, sans compter toutes les fois où irrésistiblement, ils chantent "two four six oh ooooooooooone"

-Dès qu'ils voient les chiffres 24, ou 601, ils voient ça comme un signe.

-En fait, ils voient des signes partout prouvant que Valjean existe.

 

http://28.media.tumblr.com/tumblr_lu5ntkHpdR1r39f1bo1_500.jpg

 

http://25.media.tumblr.com/tumblr_luax6vbIt21r39f1bo1_500.jpg

Par Hermelinda - Publié dans : Anankè (Victor Hugo)
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 23:31
III. Cecil B. DeMille’s Carmen (1915) : la manipulatrice sans cœur

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/6/66/Carmen_FilmPoster.jpeg

Un des premiers films muets retraçant l’histoire de Carmen. Si dans le fond, il n’en ressort pas grand-chose de fabuleux, les différences avec la nouvelle et l’opéra restent intéressantes. Ici, nous avons droit à une Carmen plus machiavélique même que dans la nouvelle ou l’opéra. Le film muet, sur une réorchestration de la musique de Bizet, commence sur une tentative de passage des gitans à la porte que garde Don José, qualifié d’incorruptible. Face au premier échec « José ne peut pas être acheté », Carmen répondra « Vous êtes si incapables. Laissez-le-moi. » Et cela est fait. Carmen séduit Don José sans jamais montrer le moindre signe d’affection pour lui, considérant qu’elle a déjà dans son cœur Escamillo, qui est montré dès le début : le toréador lui propose de la suivre pour mettre Séville à ses pieds. Et dire qu’elle accepte ! Mais Don José, trahissant son rang d’officier, tuant un autre soldat, tout cela pour plaire ou garder Carmen, tombe dans la jalousie et dans l’obsession, pour mener à ce final que nous connaissons. Pour un peu, difficile de voir s’il aime vraiment Carmen ou si c’est aussi un simple désir de son côté.

 

Carmen, en revanche…dire qu’elle est sans cœur, sauf pour Escamillo, est tout à fait juste. Jamais elle ne montrera d’amour pour Don José : tout juste lui rira-t-elle au nez en le voyant face à l’officier assassiné avec un « Mes remerciements, senor, et adieu ! » avant de s’enfuir. Elle sème le trouble partout où elle passe, encore une fois (bataille usuelle à la fabrique de cigarettes), toujours en riant ou se moquant, ne suivant que son désir du moment (ou celui des gitans : combien de fois se fait-elle rappeler à l’ordre, quand on lui ordonne de séduire Don José, parce qu’elle s’attarde trop auprès d’Escamillo). Toutefois, l’immoralité du personnage est encore accentuée puisqu’elle se montre intéressée par l’argent, la célébrité promise par Escamillo. Elle semble tout prendre comme un jeu, tout en gardant ses principes de liberté (« Carmen n’appartient à aucun homme. » ou « Tu m’as tuée – mais je reste libre ! ») et sa combativité, son courage, toujours celui d’aller à la mort en le sachant pertinemment, car cela a été écrit dans les cartes. Bref, dans cette adaptation, Don José, tout comme Carmen, perd un peu de sa profondeur (voire beaucoup dans le cas de José), ce qui accentue le côté violent ou corrompu de leur personnage. (Tiens, d’ailleurs, José se suicide après avoir tué Carmen…) Si Geraldine Farrar rend bien le côté sans cœur, manipulateur ou séducteur du personnage, demeure que sa Carmen perd toute sympathie en restant uniquement une femme fatale.

 http://bioscopic.files.wordpress.com/2009/11/farrar.jpg

 

IV. Burlesque on Carmen – Charles Chaplin (1915) : Edna Purviance et le paradigme de Don José


http://chaplin.bfi.org.uk/images/720/bfi-00m-q7f.jpg

Cette version est avant tout, très simplement, une parodie du film précédent de 1915. Donc je n’aurais pas trop grand-chose à dire

dessus, si ce n’est que Charlie Chaplin s’en tire toujours bien, dans ses films muets. C’est José qui récolte tous les honneurs ici, Edna Purviance ne modifiant quasiment pas son jeu, calqué sur celui de Geraldine Farrar. Par contre, notre José Chaplin…

 

Cela me fait penser à toutes les fois dans la nouvelle où Carmen se moque de lui en l’appelant « Canari. » « Grand niais de canari ! Tu ne sais faire que des bêtises. Aussi bien, je te l’ai dit que je te porterais malheur. » et autres répliques toujours charmantes. Tout aussi manipulatrice, se servant de José – pardon : Darn Hosiery dans ce film – elle fait perdre la tête à Darn, mais le José original est bien loin, puisque déjà avant Carmen, il vole l’argent de ses camarades officiers et des gitans, fait des gaffes, cède à tout, se montre très intéressé par Carmen, fait le comique, bref, c’est Charlie Chaplin ! Mais c’est amusant de voir un autre visage de José, bien moins loyal et vertueux, qui a certes le même caractère passionné, tout en n’hésitant pas à se battre sans qu’on l’y oblige, tourne en ridicule ses adversaires, au point d’en faire rire Carmen. Peut-être que c’est pour cette raison qu’elle n’apprécie pas toujours de se retrouver prise entre Escamillo et Darn, qui la tirent chacune de leur côté…Et peut-être aussi pour cela qu’à la fin, après une fausse mise en scène de mort du couple maudit pour Escamillo, elle choisit de suivre Darn. Bref, rien de très particulier à noter, si ce n’est cette amusante variation de Carmen et surtout du personnage de José.

 

V. The Loves of Carmen – Charles Vidor (1948) avec Rita Hayworth : l’adaptation hollywoodienne par excellence (et invraisemblance)

 

http://www.doctormacro.com/Images/Hayworth,%20Rita/Annex/Annex%20-%20Hayworth,%20Rita%20(Loves%20of%20Carmen,%20The)_01.jpgCela sera vite plié. Mes excuses aux admirateurs de cette version et de Rita Hayworth. Adaptation basée davantage sur la nouvelle que sur l’opéra (pour une fois), on y retrouve le scénario de Mérimée, sans la présence d’un narrateur toutefois. Par exemple, le film commence sur Don José monté en grade par son supérieur, avant qu’on découvre Carmen occupée à manger des oranges et à mieux parler à Don José pour lui voler sa montre…Avec la présence du bohémien Garcia (premier mari de Carmen) et de quelques autres gitans, plusieurs assassinats par José sur les différents rivaux de Carmen, ce qui le fait rechercher par la police, Carmen qui séduit des hommes pour les affaires d’Egypte, rendant José jaloux, on a ici une trame correspondant bien davantage à la nouvelle.

 

Carmen a un certain fétichisme pour les montres, d’ailleurs, dans cette version.

 

J’aurais beaucoup, beaucoup de choses à reprocher à cette adaptation, dont la non moindre est celle de m’avoir passablement ennuyée. Je ne sais pas si je suis insensible aux vieux films hollywoodiens, mais ces 1h40 m’ont paru terriblement longs. On a voulu rendre l’atmosphère de Séville en début du XIXe siècle, on n’a guère réussi. On a voulu faire de Don José un comique au début, on repassera, de même que pour son jeu ou son charisme. Quant à Carmen, ah, désolation. Rita Hayworth a sans conteste un beau corps, une bonne aptitude à danser et jouer des castagnettes ainsi qu’à manger des oranges, une magnifique chevelure rousse (-_-‘ je préfère encore Carmen en blonde, je crois…et c’est déjà une hérésie…) et un bon jeu. Reste que pour interpréter Carmen, elle n’aura pas été la plus douée. Elle est une version hollywoodienne de Carmen, voilà tout, trop minaudante, trop propre sur elle-même. (Elle me fait penser à Gina Lollobrigida en Esmeralda, aussi.) Trop bien habillée, trop bien maquillée, trop sage sur elle-même, trop élégante. Il ne suffit pas de lancer des mots en espagnol, de danser, de rire, de cracher, de jeter des œillades et de faire du charme pour être ce personnage. Elle revendique la liberté, les moqueries, les superstitions, les bagarres, les amants, certes. Et ensuite ?

 

Même la scène finale, qui en général monte toujours en dramatique et puissance (enfin, ça dépend dans quelle version) n’est pas réussie. Déjà José qui frappe Carmen, c’est limite, mais alors Carmen qui continue à l’embrasser comme pour essayer de continuer à lui faire croire qu’elle l’aime…Quant à Escamillo, j’ai le droit de le baffer ? Il a tellement l’air prétentieux et insupportable ! Ah, et Carmen qui lève la main à son cœur peu avant de mourir et que José n’arrive, juste parce qu’elle voit un chat noir passer devant elle. Cette superstition tellement bohémienne, c’est vrai, ça fait peur. Et puis oh, c’est tellement romantique, la façon dont ils meurent, Carmen poignardée, José qui se fait tirer dans le dos juste après, du coup, ils sont encore enlacés quand ils tombent ensemble. Et le chat noir REPASSE devant ! Quel émouvant moment d’anthologie !

 

C’est simple, autant les personnages auraient vraiment pu faire croire à l’atmosphère très colorée de cette histoire, quoiqu’au final sans réel relent hispanique malgré les efforts faits (bien que José soit complètement insipide, comme Escamillo), autant Carmen fait complet décalage à côté deux. Quelque chose dérange, et c’est bien le personnage central lui-même. Impossible d’y croire un seul instant. Et c’est bien là tout le problème de cette adaptation…

 

 
(La meilleure scène du film, c'est dire si on excepte le fabuleux chat noir de la fin.)
Par Hermelinda - Publié dans : Pages de littérature
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 19:16

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/3/5/9782752903532.jpg "Ah! elle me hait peut-être ? Prends garde. Si elle me haïssait, vois-tu, je l'aimerais. La haine, c'est une difficulté, c'est à dire une provocation ; c'est un obstacle, j'aime cela. Elle m'aimerait, je n'y ferais pas attention; mais si elle me hait, prends garde."

 

Cette citation, entre autres du roman-pavé de Dumas (900 pages) révèle le personnage central de l'oeuvre. Nous avions eu Monte-Cristo, le Dieu humain du Bien : apparaît désormais son double du Mal, Samuel Gelb. Dumas a l'air de signer des oeuvres mémorables qui donnent envie de ne jamais stopper la lecture. Du moins l'avait-il fait pour Le Comte de Monte-Cristo.

 

Synopsis : Exploration des souterrains de l'âme humaine, sorte de descente aux enfers progressive très fortement inspirée par le roman "gothique", Le Trou de l'enfer débute entre 1810 et 1851 à Heidelberg. Dans des décors mystérieux et sinistres - châteaux en ruines, forêts impénétrables, portes dérobées... - Dumas met en scène le monstrueux frère de sang d'Edmond Dantès, une sorte de Monte-Cristo du Mal normé Samuel Gelb.
Ce héros qui suscite à la fois fascination et répulsion, animé par une incommensurable volonté de puissance, nietzschéen avant la lettre, qui veut mener à la ruine tous ceux qui l'entourent - Julius, son demi-frère, Christiane, la femme de Julius, et la chevrière Gretchen - ne s'attaque pas seulement aux hommes, mais à Dieu, bien entendu... Cependant, des années plus tard, dans les turbulences politiques du Paris de la Révolution de 1848, en dépit des tonalités sombres que Dumas imprime à ses personnages, Samuel Gelb ne pourra que reconnaître sa défaite, car...
Dieu dispose.

 

Le Trou de l'Enfer aura été mon pavé des vacances, il faut dire que sa lecture m'attend depuis bien des mois...J'y ai été plongée, d'abord avec une certaine impatience, puis avec de plus en plus d'effroi au fil des pages. Il faut dire que la figure certes sombre, mais héroïque, de Edmond Dantès, menait vite à achever Le Comte de Monte-Cristo. Le Trou de l'Enfer, c'est l'effet inverse. Le personnage principal, Samuel Gelb, notre Dantès du Mal, intrigue tout autant qu'il repousse. J'ai personnellement dû faire une pause de quelques journées après l'horrifique chapitre "Il ne faut pas jouer avec le crime" qui était à mes yeux l'apogée du mal que pouvait faire ce personnage, alors que ça ne faisait que commencer.

 

Gelb est un bâtard, sans nom ni richesse, qui se démarque pourtant de la masse par son savoir, son intelligence, sa redoutable intelligence. Maître de tant de domaines de savoir à un si jeune âge, sa volonté ne semble être faite que dans un but de puissance, comme pour se venger du monde qui l'a toujours rejeté dans la classe la plus basse. Sa capacité à faire le mal agit tout d'abord sur son propre frère, Julius, personnage élevé au début, décandent, puis à nouveau glorifié de façon superbe vers la fin de l'oeuvre, en le manipulant et l'influençant, tel le duo Méphistophélès-Faust. Mais on ne peut s'arrêter ainsi dans le chemin du crime...Samuel sera aussi celui qui mènera à leur perte la femme de Julius, et la "soeur" de celle-ci, la petite Gretchen. Dans des circonstances véritablement effroyables, témoignant du peu d'âme de ce personnage.

 

Pourtant, il semble que pendant un temps, il lui fût possible de se racheter. On le croit, avant que ses nouveaux plans diaboliques apparaissent, des années plus tard : le retour de Julius dans sa vie, entre autres personnages marquants, montre à quel point le protagoniste n'a rien perdu de son absence d'âme. Non, Samuel Gelb n'a rien à sauver, et pourtant, on peut dire qu'il s'est racheté en Frédérique, dans un sens....Jusqu'au final, on reste à la fois fasciné, effrayé, par les actes si monstrueux de ce personnage.

 

Bref, Dumas livre ici un roman dont il a le secret, détonnant par rapport à la brillance du Comte de Monte-Cristo, tout en campant avec crédibilité ses personnages secondes et principaux, évitant les clichés, multipliant les rebondissements qu'on a deviné puis repoussés sous les arguments soulevés par la narration. C'est un mélange du roman d'aventures, noir et gothique, avec cette touche de romantisme qui caractérise le XIXe siècle, sans oublier le côté historique. Cette noirceur, guère coutumière de ses oeuvres, fait plonger dans les méandes de l'âme humaine, car celle de Samuel n'est pas la seule à avoir ses défauts. Plus on avance, plus on se demande comment pire peut encore arriver, et cela arrive. Jusqu'à la fin. Fin ô combien terrible, par ailleurs. Si on déteste Samuel, et que cela explique la difficulté à progresser dans l'oeuvre, la répulsion du personnage ne peut faire oublier les qualités et le charisme qui le caractérisent. Je ne compte plus les passages mémorables de ses répliques ou de ses pensées. Il y a bien des fois, après tout, où on le croit presque sincère, sous son aspect terriblement monstrueux et égoïste...

 

« Non, non, l’homme ne doit pas trébucher. Sois ce que tu voudras, être anonyme de là-haut, pourvu que mon moi me reste fidèle. Sois ce que tu voudras, pourvu que partout j’emporte mon moi. Les choses extérieures ne sont que le badigeonnage de l’homme. Je suis moi-même mon ciel et mon enfer. »

Par Hermelinda - Publié dans : The Poet Acts (lectures)
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 21:16

http://edouardcoisne.fr/wp-content/uploads/2009/12/COISNE_Edouard_rendu.jpg

 

Environ un an après ma découverte de l'opéra Carmen à Nancy, je reviens (encore) sur cet opéra et plus précisément ce personnage. De toute façon, il est certain que cette histoire figure désormais aux côtés de mes œuvres cultes. Pour la bonne raison que Carmen, en tant qu’opéra, restera certainement mon préféré car c’est grâce à lui que j’en suis venue à m’intéresser à ce vaste domaine ; puis pour la figure quelque peu frollienne de Don José, mais aussi et surtout pour le personnage de Carmen en lui-même. Il aura été le premier des personnages marquant ma mémoire à m’être totalement antipathique et méprisé avant de devenir l’un de mes favoris. Sans compter que malgré que tout le monde en connaisse le nom, rares sont ceux qui savent vraiment de quel type de personnage fictionnel il s’agit – un peu comme lorsqu’on prononce le nom-adjectif lolita à tort et à travers : je me fais toujours un véritable « plaisir » d’expliquer que Lolita n’est pas qu’une jeune fille s’habillant trop tôt de manière trop femme. J’ai une certaine satisfaction à voir les gens tirer une drôle de tête une fois mon explication entendue ^^. Bref, passons l’anecdote.


Ce serait une très longue (et impossible) tâche de répertorier toutes les Carmen ayant existé au cours du temps pour dresser un portrait du personnage. Si l’on passe la trentaine (et bien plus…) de films adaptés de Mérimée ou de l’opéra de Bizet, comment voir, entendre, les probablement centaines d’opéras ayant mis en scène et musique cette œuvre mondialement connue ? Sans compter qu’on n’a gardé de certaines que des archives audio…Aussi passerais-je uniquement sur quelques Carmen, spécifiquement choisis ou complètement pris au hasard. Bien qu’étant bibliothécaire, il m’a été impossible de trouver ne serait-ce qu’un article proposant une rétrospective des différentes adaptations ou interprètes notables de cette histoire. Je ferai donc la culture de Carmen au petit bonheur la chance…


I.    La Carmen de Prosper Mérimée : la figure originale (1845)


http://img684.imageshack.us/img684/1796/carmenaquarellemerimee.jpg
Longue nouvelle ou court roman du XIXe siècle, la nouvelle de Carmen par Prosper Mérimée aura beaucoup moins connu de succès que l’opéra qui en fut tiré des décennies plus tard. Création inspirée par les deux voyages de Mérimée en Espagne, il convertit cette histoire de passion violente entre un officier et une bohémienne à son style habituel de nouvelle : froide, précise, presque clinique. Quoi de plus ironique, en effet, que de raconter cette histoire d’amour sombre sous une écriture on ne peut plus détachée ?...


Composée de quatre chapitres, il utilise aussi la méthode du récit enchâssé : c’est un narrateur anonyme qui croise et aide un certain Don José, qu’il retrouvera en ville dans le chapitre suivant, échappant de peu à Carmen qu’il a rencontré et qui souhaitait visiblement dérober et tuer ce narrateur. Puis il retrouve des mois plus tard Don José, condamné à être garroté plutôt que pendu pour ses crimes. Et ce n’est qu’au chapitre trois (disproportionné par rapport aux autres, évidemment, 30 pages…) que nous pouvons lire la confession de Don José et entendre par-là l’histoire même de Carmen. Le quatrième chapitre reste peu intéressant, se voulant une brève analyse des mœurs bohémiennes. (Aquarelle de Mérimée)


Que tirer de cette nouvelle ? Probablement, d’ores et déjà, une marque du romantisme. Carmen n’exalte rien de plus qu’une autre histoire d’amour passionnée entre un homme de vertu et une fille de rien, avec encore une fois une femme qui restera presque inaccessible. Le personnage de Don José en lui-même (et c’est pourquoi il fait penser à Frollo, entres autres) appartient indéniablement au romantisme. Il représente l’homme même qui, par amour, est déchu de son rang, de sa réputation, pour devenir un bohémien afin de pouvoir suivre la femme dont il sera tombé amoureux, lui qui ne voulait au début rien avoir à faire avec Carmen et se contentait de l’emmener en prison. D’officier modèle, il devient contrebandier et « romi », tuant comme pillant, supportant (mal) les infidélités de Carmen pour les affaires d’Egypte, vols et compagnie, avant de livrer complètement la passion qu’il a au fond de lui. Il devient jaloux, à la limite de la violence, rendu fou et désespéré par cette drôle de femme qui semble l’aimer un jour et pas le lendemain, sur simple caprice. A la fin, épuisé, il sera celui qui la tue, comme elle l’avait prévu. Et comme elle l’avait aussi prévu, il ne sera pas long à la suivre dans la mort.


Notre anomalie se nomme Carmen. Loin des personnages vertueux et des modèles féminins du XIXe siècle, Carmen, selon les spécialistes, est tout ce que la misogynie de Mérimée a voulu souligner. Bohémienne dont on ne connaîtra jamais l’origine ou le passé, la vie de Carmen semble se réduire au présent, à ses envies du moment. Il y a là un portrait de femme comme il en aura été rarement ensuite fait dans la littérature ou le cinéma. Sans doute a-t-elle inspiré d’autres figures féminines (Garance des Enfants du Paradis, la Lolita de Nabokov, les femmes fatales des films noirs américains, sont ses héritières les plus probables) sans que celles-ci en redonnent la complète essence. Le point essentiel à souligner chez Carmen est qu’elle est une bohémienne ; par conséquent, soumise à rien ni personne, si ce n’est les  « affaires d’Egypte », sa superstition et sa propre liberté. Liberté, voilà le mot synonyme de ce personnage. Non contente de passer éventuellement pour une fille publique sans en avoir honte (la réplique « Ne vois-tu pas que je t’aime, puisque je ne t’ai jamais demandé d’argent ? »…), non contente de voler ou de tremper dans des affaires plus sombres, Carmen est l’essence même de la femme libre sans attaches, sans dieu ni pays, sans loi ni autorité. Comment expliquer ce personnage mieux que Mérimée ne l’a fait, ou Bizet ? Carmen est une Peter Pan,http://vulpeslibris.files.wordpress.com/2008/07/carmen.jpg car elle vit dans le présent et n’écoute qu’elle, son désir de liberté, ses sentiments du moment, ses caprices d’enfant.

« Je ne veux pas être tourmentée, ni surtout commandée. Ce que je veux, c’est être libre et faire ce qui me plaît. Prends garde de me pousser à bout. Si tu m’ennuies, je trouverai quelque bon garçon qui te fera comme tu as fait au Borgne. » [Tuer un rival amoureux de Carmen]

 Elle est loin de toutes les figures féminines du XIXe siècle par son absence de morale, de vertu, de soumission. Elle est aussi passionnée que froide, aussi violente que joueuse, aussi manipulatrice que capable de soin et de tendresse. Elle passe d’un extrême à l’autre sans raison, imprévisible, capable du pire comme du meilleur, du meurtre comme de l’amour. Le personnage de Carmen repose tout entier sur ses contradictions et paradoxes sans jamais se contredire, elle ou ses principes. Nous n’avons qu’un équivalent total de ce personnage : Dom Juan. « All men want to be Don Juan and all women want to be Carmen. »


«Ainsi, lui dis-je, ma Carmen, après un bout de chemin, tu veux bien me suivre n’est-ce pas?
— Je te suis à la mort, oui, mais je ne vivrai plus avec toi.»
Nous étions dans une gorge solitaire ; j’arrêtai mon cheval. «Est-ce ici ?» dit-elle, et d’un bond elle fut à terre. Elle ôta sa mantille, la jeta à ses pieds, et se tint immobile un poing sur la hanche, me regardant fixement.
«Tu veux me tuer, je le vois bien, dit-elle ; c’est écrit, mais tu ne me feras pas céder.
— Je t’en prie, lui dis-je, sois raisonnable. Écoute-moi ! tout le passé est oublié. Pourtant, tu le sais, c’est toi qui m’as perdu ; c’est pour toi que je suis devenu un voleur et un meurtrier. Carmen ! ma Carmen ! laisse-moi te sauver et me sauver avec toi.
— José, répondit-elle, tu me demandes l’impossible. Je ne t’aime plus ; toi, tu m’aimes encore, et c’est pour cela que tu veux me tuer. Je pourrais bien encore te faire quelque mensonge ; mais je ne veux pas m’en donner la peine. Tout est fini entre nous. Comme mon rom, tu as le droit de tuer ta romi ; mais Carmen sera toujours libre. Calli elle est née, calli elle mourra.
— Tu aimes donc Lucas ? lui demandai-je.
— Oui, je l’ai aimé, comme toi, un instant, moins que toi peut-être. À présent, je n’aime plus rien, et je me hais pour t’avoir aimé.»
Je me jetai à ses pieds, je lui pris les mains, je les arrosai de mes larmes. Je lui rappelai tous les moments de bonheur que nous avions passés ensemble. Je lui offris de rester brigand pour lui plaire. Tout, monsieur, tout ! je lui offris tout, pourvu qu’elle voulût m’aimer encore!
Elle me dit : «T’aimer encore, c’est impossible. Vivre avec toi, je ne le veux pas.» La fureur me possédait. Je tirai mon couteau. J’aurais voulu qu’elle eût peur et me demandât grâce, mais, cette femme était un démon.
«Pour la dernière fois, m’écriai-je, veux-tu rester avec moi ?
— Non ! non ! non !» dit-elle en frappant du pied, et elle tira de son doigt une bague que je lui avais donnée, et la jeta dans les broussailles.
Je la frappais deux fois. C’était le couteau du Borgne que j’avais pris, ayant cassé le mien. Elle tomba au second coup sans crier. Je crois encore voir son grand œil noir me regarder fixement ; puis il devint trouble et se ferma. Je restai anéanti une bonne heure devant ce cadavre. Puis, je me rappelai que Carmen m’avait dit souvent qu’elle aimerait à être enterrée dans un bois. Je lui creusai une fosse avec mon couteau, et je l’y déposai. Je cherchai longtemps sa bague, et je la trouvai à la fin. Je la mis dans la fosse auprès d’elle, avec une petite croix. Peut-être ai-je eu tort.

--- Prosper Mérimée, Carmen, chapitre III.

II.    La Carmen de Bizet : le début du mythe (1875)

Michel Cardoze commençait à écrire sa biographie sur Georges Bizet en définissant le personnage de Carmen par ses paroles lyriques. Presque aussitôt, il ajoutait : « Comme Madame Bovary était Flaubert, Carmen, c’est Bizet. » Ayant assez peu apprécié cette biographie, je n’en ressortirai que les quelques éléments nécessaires pour comprendre pourquoi il fut le créateur de l’opéra Carmen. Bizet n’a été, pendant toute sa vie, que soumis aux femmes de son existence, que ce soit sa mère, ses femmes, ses amantes ou ses belles-mères. Capable uniquement de la différenciation « mère » et « prostituée » en ce qui concernait les femmes, calfeutré dans sa vie bien rangée et ordonné, écrasé sous des travaux musicaux alimentaires pour faire vivre sa famille, c’est vers la fin de son existence que Carmen devient cathartique pour lui – d’autant plus qu’il meurt à 36 ans en 1875, deux mois après la première « désastreuse » de Carmen. Déjà, il avait une certaine habitude à oublier l’argent que lui donnaient ses élèves en cours de musique, témoignant de l’indifférence à l’encontre du métal jaune que Carmen dédaigne également. Il aurait mis en Carmen tout ce qu’il n’a jamais pu vivre dans sa vie, tout ce qu’une vie familiale, amoureuse, sociale difficile lui refusait. Carmen, c’est l’envers de Bizet.


Les cent vingt pages de l’opéra Carmen ont été écrites en soixante jours. Célestine Galli-Marié est la première interprète de Carmen, après le désistement d’au moins deux autres chanteuses qui ne voulaient pas faire ce http://img718.imageshack.us/img718/4103/1875carmenposter.jpgpersonnage, s’il mourrait à la fin. De la différence avec Mérimée, il y en a. Carmen et Don José restent les protagonistes principaux, tandis que le toréador Lucas devient Escamillo et prend une plus grande place. Les personnages des deux bohémiennes amies de Carmen sont créés, tout comme Micaëla, amie d’enfance innocente promise à José, qui est sous-entendue dans la nouvelle et essaye tant bien que mal (laissez-moi rire) de faire contraste avec la sulfureuse Carmen. On oublie le narrateur, on oublie la trame de Mérimée tout en conservant des éléments : certaines paroles du livre ressortent dans l’opéra. Voilà les modifications majeures.


Qu’en signaler sinon ? La noirceur sanglante de la nouvelle est mise de côté (bien que je considère l’opéra comme très sombre, lui aussi) grâce à la musique toujours enjouée de Bizet, pour donner de la légèreté et du comique à cet univers bohémien. Des chœurs apparaissent pour représenter les groupes de personnages, bohémiens comme citadins ou soldats. Bref, l’opéra devient « comique », vivant, fascinant, avec des musiques et paroles qui marquent les esprits (« Toréador », « L’amour est un oiseau rebelle » en tête) mais…on reprochera à cet opéra son côté sanglant, son immoralité, sa sexualité. Bref, tout ce qu’incarne Carmen. L’homonyme avec le titre de l’œuvre est justifié. Le personnage s’amplifie, se complexifie même, prend une allure idéale de liberté, d’amour, de sensualité, d’immoralité.

« L’amour est un oiseau rebelle, que nul ne peut apprivoiser, et c’est bien en vain qu’on l’appelle, s’il lui convient de refuser. Rien n’y fait, menace ou prière, l’un parle bien, l’autre se tait, et c’est l’autre que je préfère, il n’a rien dit mais il me plaît…si tu ne m’aimes pas je t’aime, et si je t’aime prends garde à toi ! » (Carmen, « Habanera »)


« Oui mais toute seule on s’ennuie, et les vrais plaisirs sont à deux, donc pour me tenir compagnie, j’emmènerai mon amoureux. Mon amoureux ? Il est au diable, je l’ai mis à la porte hier ! Mon pauvre cœur, très consolable, mon cœur est libre comme l’air…J’ai des galants à la douzaine, mais ils ne sont pas à mon gré. Voici la fin de la semaine : qui veut m’aimer ? Je l’aimerai. Qui veut mon âme ? Elle est à prendre. » (Carmen, « Près des remparts de Séville »)

« Pour tout pays l’univers, pour loi ta volonté, et surtout, la chose enivrante, la liberté, la liberté ! » (Carmen et le chœur des bohémiens, « Holà, Carmen ! »)

« Je sais bien que c’est l’heure, je sais bien que tu me tueras. Mais que je vive ou que je meure, non, non, je ne cèderai pas ! Carmen jamais ne cédera. Libre elle est née, et libre elle mourra ! » (Carmen, « Tu ne m’aimes donc plus ? »)

http://img11.imageshack.us/img11/7431/gallimariecarmen.jpgCélestine Galli-Marié, la toute première Carmen.

Par Hermelinda - Publié dans : Pages de littérature
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 14:13

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J'ai manqué la critique d'Anna Bolena, le premier spectacle du Metropolitan Opera rediffusé dans les salles internationales, pourtant magnifique, et ne ferai pas celui de Philip Glass, ennuyeux à mourir. Par contre, Faust est aussi un opéra que je rêve de voir depuis longtemps. Alors certes, c'est du live retranscrit dans une salle de cinéma, pas du vrai live. Mais l'émotion passe tout autant (l'attente pendant les entractes aussi). Et pour découvrir le Faust  de Charles Gounod, ce fut magnifique.

 

En Allemagne, au  XVIe siècle. Le docteur Faust, vieillissant, se révolte contre la science, la foi et l''inanité de la connaissance. Quand il invoque le diable, celui-ci lui accorde la jeunesse en échange de son âme. Faust hésite mais la vue de la belle Marguerite le pousse à accepter…

 

Première grande surprise, ce fut le contexte. En voyant que le metteur en scène avait placé l'histoire légendaire de Faust non plus au Moyen-Age mais en 1945, je me suis dit que j'allais bien moins apprécier. Ce fut faux : certes, cela peine peut-être à faire passer un message en particulier, mais l'ambiance reconstruite, froide et futuriste, mécanique, est tout aussi appréciable. On ne peut que frissonner en voyant les décors sans âme qui entourent ces personnages en perdition, voir que le retour des soldats est justifié, la recherche du savoir de Faust se condamner à une avancée maudite de la science, sans oublier cette terrifiante scène où Méphistophélès emmène Faust dans son antre...où travaillent ses anciens maîtres, devenus des monstres, autour d'une bombe atomique.

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Seconde grande surprise, mais attendue, ce fut la vivacité de la musique. Je n'en attendais pas moins du chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin, qui avait également mené avec brio le Carmen avec Elina Garanca et Roberto Alagna. Il n'y a pas à dire, l'orchestration de ce monsieur démontre une magnifique force, puissance et vivacité.

 

Enfin, dernière surprise, ce fut les chanteurs. Jonas Kauffman campe un Faust presque impassible, fortement charismatique ("Il est beau et en plus il chante bien ! En fait, il vaudrait mieux dire dans le sens inverse..."), souvent passif aux évènements, spectacteur du monde, de sa propre déchéance, tout en luttant parfois pour s'octroyer le bonheur, sans hésiter à passer par la manipulation. Lui qui ne faisait qu'un Don José plutôt pâle bien que javertien, il se tire du rôle de Faust avec une force incroyable. Marina Poplavskaya, bien que probablement trop âgée pour faire croire à la jeunesse de Marguerite, tire de sa voix et de sa présence une puissance lumineuse, innocente, et désespérée, que ce soit lorsqu'elle lutte pour échapper à Faust, ou lors de la scène de l'église, où le monde la critique et où elle finit par noyer son bébé dans le bénitier, sans oublier la tragique scène où elle devient folle, en prison. Quant à René Pape, c'est un Méphistophélès superbe qu'il nous offre. Même si je garde en favori celui vu lors de la pièce de théâtre Urfaust, le voir mener le bal littéralement en faisant danser les protagonistes sur scène par magie, le voir se recroqueviller tel un vampire face à une croix géante, simplement admirer son machiavélisme, le hisse à la hauteur de ce personnage diabolique. Interprétation tout en charisme, là encore, avec une présence permanente et glaçante. Sa cruauté, lorsqu'il persécute Marguerite dans l'église, est crève-coeur et donne envie de tuer ce personnage.

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Les personnages secondaires, Siebel, ou le frère de Marguerite, ne sont pas en reste, chacun magnifiquement campé, même si la cruauté du frère de Marguerite m'a brisé le coeur : même en mourant, il continue à maudire sa soeur enceinte qui n'a fait que subir les malheurs dans toute cette histoire.

 

L'air des bijoux est enfin découvert, tout comme les superbes solos ou duos A moi les plaisirs (Faust/Méphisto), Duet d'amour (Faust/Marguerite) ou l'endiablé Veau d'or (Méphisto). Quant à la fabuleuse scène de fin, le trio final dans la prison "Viens à moi, ange, je t'aime..." etc., ne m'est pas apparu comme je l'attendais, peut-être parce que je l'idéalisais trop, mais demeure très beau. Enfin, la scène finale, où Faust réapparaît en vieillard et boit la fiole chimique avec laquelle il voulait se suicider au tout début, laisse quelque peu songeur. Etait-ce un rêve ? A-t-il pu se racheter en se tuant après avoir causé tant de malheurs ?

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(La scène de l'église, où Marguerite est condamnée par Méphistophélèes, peu avant qu'elle accouche)


La petite note humoristique : tout aussi inhumains qu'étaient Faust et Méphisto, ils gardaient leur sens de l'humour. Notamment grâce à leurs tenues étrangement symétriques. J'en garde le souvenir des deux l'un à côté de l'autre, faisant un ironique "hum hum" approbatif en voyant que Marguerite se laissait séduire par les bijoux plutôt que le bouquet de roses. Et ensuite, le cadre particulier de l'opéra semble de plus en plus devenir familier au public et aux interprètes. On voit le public dans l'opéra faire coucou à la caméra quand elle passe devant lui, ou encore, René Pape, lors de l'entracte, n'a pas hésité à dire face à la caméra : "Thanks for coming, guys. I hope you will have enough pop-corn for the third act." Des petites perles comme ça, ça fait passer les quarts d'heure entre les actes, c'est moi qui vous le dis.^^

http://berkshireonstage.files.wordpress.com/2011/12/bos-faust.jpg(Décor étrangement futuriste et glacial de 1945 : le laboratoire de Faust)

 

Prochain arrêt du MET : soit l'Ile Enchantée le 21 janvier, soit le dernier opéra du cycle de Wagner le 11 février, qui dure bien six heures...ok, j'ai pas vu les deux précédents, mais rien que l'idée de devoir rester dans une salle à subir 6h d'opéra avec un pique-nique (car j'en aurai besoin) ça me paraît un agréable défi fou à relever. ^^

 

http://2.bp.blogspot.com/-by1Qepelub8/TuToiNgrKpI/AAAAAAAANlw/DIrvseHWqf4/s1600/bosfaustduolead%255B1%255D.jpg(Faust invitant Marguerite à danser au premier acte)

http://specialdujour.hautetfort.com/media/01/00/8342208.jpg

 

Deux petits extraits :

 

 


  Duo du prologue entre Méphistophélès et Faust : A moi les plaisirs, à moi la jeunesse, à moi les désirs...

 

 

  La séduction de Marguerite par Faust

 

Par Hermelinda - Publié dans : Masquerade ! (Opéras)
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